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EZK / Dans quel monde Vuitton? Interview dans le magazine Stratégies


Interview d'EZK  publiée cette semaine dans le magazine Stratégies...
Ci dessous une version enrichie, 
avec + de photos...


















photo EZK





photo EZK




Série / A vos marques, Spray, Partez...


Dans quel monde Vuitton ?

Depuis un an à Paris et dans de nombreuses villes de province, apparait sur les murs un message ironique et énigmatique « dans quel monde Vuitton ?» avec un petit africain dans un seau estampillé du fameux monogramme... L'artiste derrière l'image, c'est EZK, franc tireur du street art qui mélange avec bonheur références à l'enfance et détournement des marques...


ESK : j'ai toujours beaucoup aimé dessiner en poursuivant à la fois des études d'art et de communication : Deug histoire de l'art à Tours puis BTS communication des entreprises...
Mais j'ai eu aussi des phases où je n'ai rien fait du tout : je m'y suis remis en 2007 en accrochant des collages dans la rue à base de stickers mais c'était purement décoratif... Ce n'est vraiment qu'en 2008, année de naissance de ma fille, que j'ai recommencé plus sérieusement, en me rendant compte que la simplicité du pochoir me permettait de faire vraiment ce que j'avais envie, tout en conservant un aspect figuratif assez fort.

Projet « Art Wars »

En 2013 j'ai cherché un visuel reconnaissable par tous et c'est en regardant une boîte de Lego que j'ai trouvé ce petit personnage blanc et noir de Star Wars le « stormtrooper » : c'était comme un logo à coller, comme un chien qui passe et qui pisse contre un arbre...
J'en ai fait des petits et également un casque seul de 70 80 cm accompagné du slogan « Art Wars » pour signifier qu'il existe une compétition inavouée entre artistes de street art  : c'est à qui tapera le plus fort, sans finalement vraiment se préoccuper du message...
Personnellement je trouve qu'il n'y a pas assez de sens dans les images affichées sur les murs : je comprends que l'on puisse faire uniquement de l'image pour de l'image mais je trouve qu'il manque alors quelque chose . Quitte à faire quelque chose d'illégal dans la rue, autant donner son avis !


Projet « Art Against Powerty »

En 2014 je suis tombé sur une émission de type « no comment » : une minute d'images sans commentaires où l'on voyait des gamins à quatre pattes dans le désert en train de chercher des insectes et des fourmis pour les bouffer... Quand l'image s'est arrêtée était marqué sur l'écran «  ce programme vous a été présenté par Vuitton », avec derrière un mec qui monte dans un jet privé avec de monstrueuses valises Vuitton...
Il y avait là un tel décalage entre les 2 images que je me suis qu'il y avait quelque chose à faire. La personne à côté  de moi a dit « on vit vraiment dans un pays de merde » et le slogan m'est venu assez naturellement « Dans quel monde Vuitton ? »...
La plupart du temps effectivement, je trouve d'abord la phrase choc en fonction de l'actualité : c'est mon côté communication qui ressort … Ensuite je vais sur internet chercher à base de mots clefs des photos qui vont m'attirer et m'inspirer...
Là pour Vuitton, j'ai fait le visuel super vite à partir d'une image qui revenait assez souvent sur le net : celle d'un petit gamin se lavant dans un seau... J'ai juste rajouté le monogramme sur le seau pour faire redondance entre la phrase et le dessin : je pense qu'au fin fond du Bangladesh on connait ce monogramme... Pour moi il est aussi très important de mettre le véritable logo – un logo aussi réaliste que le dessin – car cela fait partie de la culture et de l'imagerie populaire.
Mais ensuite, j'ai mis du temps à apposer ce premier pochoir de la série « Art Against Powerty »dans la rue : je l'avais fait pour moi, je le regardais dans mon salon et il m'a fallu un bon mois et demi pour le mettre dans différents quartiers de Paris, à la Butte aux Cailles, dans le Marais , sur la palissade de la boutique Vuitton à Saint Germain des Prés et ensuite à la Rochelle, Angers, Lyon, etc... Dans des villes historiques dont les murs invitent aux images qui claquent : j'aime les beaux murs anciens, et aussi les murs gris en béton qui font la transition parfaite avec le noir et le blanc...



Pub ou Anti Pub ?

  • Le fait d'énoncer clairement la marque interpelle les gens et les fait réagir, à tel point qu'ils se demandent si c'est de la Pub... ou de l'Anti Pub ?

EZK :
Ce n'est surtout pas de la pub mais ce n'est pas non plus de l'anti pub...
Je ne critique pas Vuitton, ils font de la com, c'est normal, ils veulent faire du chiffre d'affaires, c'est leur truc. Je n'ai absolument contre eux : ce sont juste 2 mondes différents qui cohabitent...
Le but, si l'on veut faire passer un message, c'est qu'il soit relayé et vu : peu importe que les gens y adhèrent ou pas, l'essentiel est sa visibilité...
Et ce n'est pas juste une émotion, c'est un véritable questionnement : une émotion peut être provoquée par une très belle toile qui n'a aucun sens tandis que le questionnement ne peut venir que du décalage entre une phrase choc et un visuel dérangeant.. Sans décalage il n'y a pas de sens !
Quand je cite Vuitton - Dior ou Cartier - je ne critique pas ces marques, je me m'apitoie pas sur des populations sous représentées dans le graffiti, j'établis juste une échelle de valeurs à travers un questionnement qui va droit au but...
Dans la rue je tague en 3 minutes mes 2 pochoirs noir et blanc et quand je fais cela dans la journée avec beaucoup de monde, je vois bien les réactions des gens à la fin. Les gamins qui sont gavés d'images prennent ce visuel Vuitton au premier degré : ils aiment bien le côté vandal de l'image. Mais jusqu'à un âge assez avance ils sont plus attirés par le visuel que par le slogan, ils me posent des questions sur le petit garçon, sur le seau... Ils ne parlent pas de la phrase tandis que les adultes ont bien une double lecture de l'ensemble du message.

Photo EZK

Dior, Cartier, Twitter, Nike, Areva, Vinci & Daesh, etc...

Le deuxième visuel a été celui sur Dior (« Dior et déjà condammné ») avec toujours le même gamin qui a l'air de se protéger d'une main... Puis toujours avec l'enfant : Twitter « I'just want twitt » qui prend tout son sens quand on prononce effectivement la phrase « I just want to eat » et Cartier (« Pas de Cartier ») que j'ai mis sur les murs et également en petit sur des boîtes à lettres...
Et pour finir « Kalach Nike » avec cet enfant avec une kalashnikov et des Nike aux pieds (il y a juste un bouton poussoir « of » pour arrêter tout cela)... Cela m'est venu en lisant un article sur les stratégies des groupes armés en Afrique qui, pour recruter des gamins soldats, leur achètent des Nike, des produits dont ils toujours rêvés... Ce visuel était sans doute plus dérangeant que les autres car il a été enlevé assez vite...
Après j'ai fait un concours organisé par la Fondation EDF sur le thème « l'énergie dans la ville » en le traitant à ma manière avec la phrase « Ce qui devait arrivé Areva » et un personnage en combinaison nucléaire de survie...
Et plus récemment « Veni, Vidi, Vinci » avec un bulldozer poussant les monuments de Paris... Enfin j'ai fait sur une grande bâche un visuel « Daesh Ultra » avec le même logo que la lessive Dash avec à côté un cerveau tournant dans une machine à laver...
Finalement ce n'est qu'avec la tragédie Charlie que je n'ai pas trouvé de visuel  et ai juste apposé le slogan « 17 morts, 65 000 000 blessés »...


Photo EZK
C'est une pierre tombale en granit de 45x45cm (70kg) scellée devant Charlie le 05/06 en fin d'après midi. 
Je ne pense pas qu'elle y soit toujours...
Je l'ai faite début mai quand charlie est définitivement décédé à mon sens. 
Époque coïncidant avec le début des querelles internes liées à l'utilisation et la répartition possible 
des 7 millions mettant définitivement un terme à "l'esprit" 
qui menait les troupes jadis par une épuration au sein de la rédaction....
Mais encore une fois ce n'est que mon ressenti extérieur

  • Tu penses donc continuer dans cette voie de détournement ironique des marques ?

EZK
En fait je ne me pose pas la question, vu que je suis super verni en ayant en parallèle un boulot très intéressant... Je ne dépends donc pas du street art et peux donc faire ce que je veux, sans avoir la pression pour trouver de super idées, courir les galeries, les ventes, etc...
Je vais donc continuer cette série sur les marques et faire parallèlement des pochoirs plus personnels avec mes enfants : ma fille qui bombe un cœur rouge, mon fils avec une bulle de réflexion... Avec ce thème de l'enfance qui revient toujours.

  • D'autres projets pour la rentrée ?


EZK 
J'ai fait un "pèlerinage artistique" à New york en juin :  du coup des tonnes d'idées nouvelles qui vont constituer mon actu de rentrée. Depuis mon retour je ne cesse de produire de nouveaux pochoirs sans parvenir à réellement en terminer un .
Mon objectif est de terminer tout cela et de présenter l'ensemble avant l'automne...

Claude Degoutte



SOS Africa

photo EZK

Dans le film « les dieux sont tombés sur la tête » (1980) un Bochiman du désert du Kalahari reçoit sur la tête une bouteille de Coca Cola et pense qu'il s'agit là d'un cadeau des dieux... Depuis l'image emblématique du petit africain affamé et désemparé se confronte de plus en plus souvent aux symboles les plus marquants de la société de consommation...


Pixal Parazit

En 2006 Pixal Parazit crée une fresque à la Butte aux Cailles passage Boiton sur le thème « Diet Coke » « Test yourself » où un enfant décharné boit une canette de Coca. Pixal Parazit explique qu'il voulait interpeller le consommateur lambda sur la position des marques en Afrique offrant gratuitement des produits de grande distribution (Fanta, Coca Cola, Pepsi) avec l'objectif évident d'accaparer de nouveaux consommateurs...


Le fameux Banski – star incontesté du street art – traîte le même sujet avec son « Burger King Kid », enfant affamé devant un bol vide et coiffé d'une couronne Burger King... Comme à son habitude l'image forte se suffit à elle même et n'a pas besoin de commentaire : mais dans son livre « Guerre et Spray «  Banski rajoute tout de même sur la page à côté du visuel la phrase laconique : «  Parfois quand je vois l'état du monde, ça me rend tellement malade que ne peux pas finir mon second apple pie ».

Banski

Enfin dernier avatar du petit africain : un visuel de Wittle avec le logo Apple : « I want to express that while there people making long queues to buy the Iphone 6, there people that are dying of hunger. »

Wittle









"Le regard de ce petit garçon nous attire.
Et selon l'instant, le jour, la saison,
les émotions qui nous traversent sont multiples.
Il nous captive, nous donne l'envie de le protéger, 
un sentiment d'empathie. 
On emporte avec soi un grand sentiment de force pour la journée.
Il ne laisse personne indifférent. 
Le regard de cet enfant sur le monde des adultes nous dit 
"arrêtez vous, regardez autour de vous". "
Ted Nomad 




Jef Aérosol


                                                       Ernesto Novo
                     "L'art de la representation est tellement faste, et, des fois, 
            suivant l'inspiration du jour j'ai envie de ne pas peindre de jolies images 
                                             mais des choses plus brutes"


Lipstik 
Bien sûr je vais continuer, 
mais quand même la flotte c'est comme le pognon, 
on devrait tous en avoir suffisamment . Comment faire ?






Brandalism Street Art / Vuitton


photo EZK

Brandalism : contraction de brand (marque) et vandalism : le détournement est la réutilisation par un artiste de slogans, d'images publicitaires pour créer une nouvelle oeuvre proposant un message différent »

Le brandalism Street Art / Vuitton fonctionne dans les 2 sens...

De nombreux artistes se sont attaqués frontalement à la marque...
Pimax détourne ainsi depuis de nombreuse années les marques et depuis 5 ans allègrement Louis Vuitton : il joue avec les logos colorés, rajoute « Fake » ou « Louis le Vandal » sur les sacs , associe le monogramme à son personnage fétiche Goldorak, pardon « Goldofuck »...

Pimax

Une artiste célèbre, en 2010, tague sur des poubelles le monogramme légèrement retravaillé pour montrer la décadence de la consommation : cette photo néanmoins n'est pas publiée dans sa monographie : pas de risque inutile...

ZEVS le roi de la coulure et du « liquidated logo » fait dégouliner la toile monogramme Vuitton qui se répand au sol... Au Louvre il rajoute un sac Vuitton devant la Joconde... Cette idée de « Joconde au Sac » sera reprise - ou réinterprétée c'est selon - par Vuitton en 2012 dans son film de pub « invitation au voyage »...

ZEVS

Et parallèlement Vuitton se sert du street art pour se donner une caution artistique et faire « tendance » : plusieurs saisons de suite la marque fait appel à des artistes de street art du monde entier pour des collections de foulards  : Aiko, Retna, Os Gemeos, Eko Nugroho, Eine, eL Seed, Kenny Scharf, André Saraiva et Inti...

Un set partout, balle au centre ! Au pays du street art, détournement et récup font bon ménage !

Et EZK de conclure : «  Vuitton ne m'a jamais contacté, mais je sais qu'ils savent que j'existe... »









mural de couverture : Stephanie Thieu

Street Art Alphabet

 
B comme Beaux Arts
beauxarts.strikingly.com
 

J comme "Je suis Charlie"
jesuischarlie.strikingly.com

 

P comme "Photographie"
photosderue.strikingly.com












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